Démocratie> La femme face à la politique

Elle s’y intéresse de plus en plus

Mme Nshimirimana estime que la contribution de la femme en politique est importante (Photo Alfred Nimbona)

Depuis la recherche de l’indépendance au Burundi, les femmes se sont montrées intéressées à la politique. Les témoignages disent que les femmes ont visiblement contribué au côté du prince Louis Rwagasore dans son combat pour l’indépendance. Progressivement, bien que timidement, les femmes s’y sont accrochées. Les contraintes ont existé et existent encore mais, les femmes manifestent la force de les surmonter. Leur souhait ultime, participer, à l’instar des hommes, à la vie politique, comme l’indiquent certains hommes et femmes acteurs politiques.

Depuis longtemps, les femmes ont affiché leur volonté à participer à la vie politique. Les contraintes ne manquaient pas mais elles n’ont pas désarmé. La culture, les stéréotypes, les préjugés, la discrimination, l’autonomie financière ont été parmi les obstacles pour les femmes. En effet, dans la tradition burundaise, la femme est un être humain que Dieu a créée pour le plaisir de l’homme, pour l’accompagner, lui faire des enfants, lui obéir aveuglement et pour exécuter les travaux ménagers et champêtres. Jusque très récemment, la femme n’avait pas le droit à la terre et à l’héritage de ses parents. Elle était exclue dans les institutions traditionnelles.
Mais, courageusement, elles ont perseveré, elles ont évolué avec le monde sur le plan de la démocratisation et de la gouvernance en politique. Elles ont mené un combat pour l’inclusion, l’égalité des chances, pour l’égalité des genres. Ainsi, les Etats ont finalement compris que les femmes sont capables de faire avancer le monde et ont intégré dans certains textes fondamentaux, la dimension genre.
Le Burundi semble décidé à améliorer les rapports homme-femme dans l’arène politique. A titre illustratif, sa Constitution de 2005 fixait à au moins 30% la représentation féminine à l’Assemblée nationale et au Sénat. Des politiques qui sont élaborées tiennent compte de la volonté d’améliorer le sort de la femme. Il s’agit, entre autres, de la Politique nationale genre (2012-2025), du Guide d’intégration du genre dans le Programme national de réforme de l’Administration publique (PNRA), de la création du ministère de la Solidarité nationale, des droits de la personne humaine et du genre, de la prise en compte du genre comme conditionnalité des partenaires du pays pour leur aide au développement, etc.
Il est à souligner que les résultats des élections de 2010 ont consacré la présence féminine à hauteur de 32% à l’Assemblée nationale, 46% au Sénat et 32% dans les conseils communaux. Il faut également noter que la femme est présente gouvernement à hauteur de 34%.
Mais, la représentation de la femme reste faible dans plusieurs secteurs du pays, en particulier à l’armée, dans l’administration publique et les entreprises.

Les femmes apprécient le pas franchi au Burundi
Depuis quelques années, nous remarquons la présence des femmes au sein du Gouvernement, du Parlement et d’autres hautes institutions de l’Etat du Burundi. Du jour au lendemain, le taux n’a cessé de croître, c’est la démocratie, c’est la bonne gouvernance, le pays avance vers une destination de rêve secret chez les uns et les autres. « De l’inclusion sociopolitique, les femmes n’en parleront peut-être plus ».
Jeanne Mpfayoguhora, secrétaire du Forum national des femmes se dit satisfaite déjà du pas franchi au Burundi. Elle remarque que les femmes se réveillent et entrent tête haute en politique. « Nous constatons que les femmes adhèrent dans les partis politiques, elles se retrouvent dans les comités des partis politiques. Elles sont également nommées dans des postes politiques, elles assument de hautes fonctions. Nous constatons que les femmes ont déjà compris que la politique n’est pas faite pour les hommes seuls, mais pour tout le monde», indique Mme Mpfayoguhora avant d’ajouter que les femmes ont compris qu’elles ne sont plus là pour chercher le bois de chauffage, puiser de l’eau, préparer de la nourriture et mettre au monde.
Avec raison car, Cécile Nshimirimana, représentante légale du parti Front de libération nationale (Frolina) confirme les faits. Elle dit avoir compris que la femme doit participer à la vie du pays pour contribuer, apporter sa proposition de solution en cas de conflit. S’il s’agit d’une solution négociée, la femme doit faire partie de l’équipe de négociation pour la paix. Elle regrette de constater encore comment dans certains cas, les femmes sont mises à l’écart tout en ignorant leurs voix. Selon elle, au moment de prendre des décisions quelconques, il faut considérer l’importance du rôle de la femme et de la fille.

Contraintes qui freinent les femmes en politique
Mme Nshimirimana appelle les femmes à ne pas se sous-estimer pour mériter ensuite l’estime des hommes. Dans tous les cas, les travaux ménagers restent l’élément qui limite la femme à participer pleinement à la vie politique. Le manque de moyens financiers constitue un autre obstacle. Mme Mpfayoguhora trouve que les rencontres politiques qui se font dans les heures avancées limitent la participation de la femme. L’autonomie économique est une autre contrainte majeure surtout chez la femme rurale. Elles se disqualifient même par complexe. Pour juguler ce problème, le Forum appelle ces femmes à se regrouper en coopératives, en associations de micro-crédits, d’entraide. Elle a un rêve qu’on atteindra un jour 50% hommes, 50% femmes dans toute la vie du pays.
Préserver l’harmonie familiale
Mme Mpfayokurera s’inscrit en faux contre les hommes qui refusent la participation de leurs femmes à la vie politique ou qui les obligent à adhérer dans tel ou tel autre parti. Sur ce point, Kefa Nibizi du parti Sahwanya Frodebu Nyakuri iragi rya Ndadaye. Il estime que le foyer ne devrait pas être confondu à une scène politique. Il faut aller faire la politique tout en sachant que l’harmonie sociale familiale doit être préservée. Selon lui, avoir des appartenances politiques différentes ne doit pas être une source de conflits familiaux. Par ailleurs, qui aurait vu quelqu’un faire la cour, a demander la main d’une fille sur base d’une appartenance politique ? Mme Mpfayoguhora dit qu’il serait mieux de voir les choses de la même façon sans qu’il y ait une obligation de l’un ou de l’autre. Plutôt, dit-elle, il faudrait que les hommes encouragent et soutiennent les femmes sur leur voie vers la vie politique. Tout doit commencer dans le ménage, dans le voisinage, en famille, souligne-t-elle. « On dit souvent que les femmes qui se lancent en politique divorcent, sous estiment leurs maris. Tel n’est pas le cas, tout dépend de la personnalité de l’individu », fait remarquer Mme Mpfayoguhora.
Selon Mme Nshimirimana, le gouvernement devrait organiser des journées de sensibilisation à l’intention des hommes pour les amener à reconnaître le droit des femmes et des filles à participer à la vie politique. Elle regrette que la représentation de la femme reste insuffisante vue le pourcentage des femmes au sein de la société burundaise. Elle trouve impérieux de mener des sensibilisations aussi à l’intention des femmes pour les amener à remarquer ce dont elles sont capables. Le Forum mène déjà ce genre de sensibilisation pour réveiller les femmes, les appeler à adhérer dans les partis politiques de grande calibre électorale, comme le dit Mme Mpfayoguhora.

Alfred Nimbona

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