Publications de Presse Burundaise, Rohero I Avenue de la JRR N°17 Immeuble le SAVONNIER, Téléphone standard : (257) 22 22 62 32, Fax :(257) 22 22 58 94, email: pressequotidienne@yahoo.fr

Médecine traditionnelle> Le rôle des tradipraticiens dans la société burundaise

Ils occupent une place non négligeable

 

Dans la société burundaise, la médecine traditionnelle a une place non négligeable. Les estimations de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) montrent qu’à peu près 80% de la population africaine se fait soigner par la médecine traditionnelle. Malgré cette réalité, les tradipraticiens se lamentent qu’ils sont sous-estimés par les médecins modernes. Le ministère burundais de la Santé publique et de la lutte contre le sida précise que pour éviter cette équivoque, une loi sur la réglementation de la médecine traditionnelle a été récemment signée par le président de la République. La population quant à elle souhaite une bonne collaboration entre la médecine traditionnelle et la médecine moderne parce que ces dernières jouent toutes un rôle qui l’avantage.

 

Abbé Léopold Mvukiye, un membre de l’Ataprabu (Association des tradipraticiens du Burundi) a fait savoir que la population burundaise se fiait depuis très longtemps à la médecine traditionnelle. « Nos ancêtres savaient soigner n’importe quelle maladie par des médicaments en provenance des arbres. Même aujourd’hui, la grande partie de la population se fait traiter par cette même médecine. Mais, elle se soigne également par la médecine moderne », a-t-il précisé. Il a indiqué que, compte tenu de cet engouement de la population, chaque tradipraticien utilise le don qu’il a eu pour satisfaire ce besoin en cherchant les médicaments traditionnels qui sont efficaces pour certaines maladies. Et au fil du temps, a-t-il expliqué, ces tradipraticiens se sont mis ensemble pour créer des associations. Maintenant, celles-ci sont reconnues par le ministère de la Santé publique et de la lutte contre le sida.
Abbé Mvukiye a affirmé que les médicaments traditionnels guérissent correctement beaucoup de maladies autant que les médicaments modernes. Notamment le diabète, l’hypertension artérielle, l’hépatite B, l’épilepsie, les troubles psychosomatiques, la stérilité, les dermatoses, etc.
A la question de savoir pourquoi la plupart des tradipraticiens ne veulent pas révéler la matière première de leurs médicaments, il a rappelé que la médecine traditionnelle est un don de Dieu. Pour ce faire, quand les tradipraticiens se mettent à révéler comment ils fabriquent les médicaments, ils seraient en train de détruire leur don.
Quant à la collaboration avec les médecins modernes, il a répondu que les tradipraticiens veulent bien travailler dans la transparence. Il a précisé qu’avant de soigner certaines maladies qui exigent les examens de laboratoire, un vrai tradipraticien demande au patient les résultats de ces examens ou alors lui recommande de les faire. Dans ce cas, quand il voit ces résultats, il peut donner un médicament avec toutes les indications sur la manière dont le patient doit le prendre.

Ils sont pourtant traités de sorciers ou de charlatans

Abbé Mvukiye a fait remarquer que, malgré la nécessité des tradipraticiens dans la société burundaise, beaucoup de gens les traitent comme des charlatans, d’autres comme des sorciers et d’autres encore considèrent le métier de tradipraticier comme celui des illettrés.
D’une part, a-t-il indiqué, toutes ces accusations sont fondées parce que certaines personnes pensent que n’importe qui peut être un tradipraticien. Ces personnes commencent à fabriquer n’importe quel médicament et par conséquent se déclarent tradipraticien tout en oubliant que celui-ci a un don propre qu’il a eu. Il a ajouté que ceux qui disent que le métier de tradipraticien est réservée aux illettrés font allusion à certaines personnes qui pratiquent ce métier par hérédité, de père en fils ou de mère en fille. Mais, cette affirmation n’est pas fondée du fait qu’aujourd’hui, beaucoup de tradipraticiens sont des intellectuels.
D’autre part, ces accusations ne sont pas fondées ; parce que les tradipraticiens travaillent dans la transparence du fait qu’ils s’associent pour créer des associations. Ils sont aussi reconnus par le ministère de la Santé publique et de la lutte contre le sida. « Ils ne devraient donc en aucun cas être confondus avec les charlatans ou les sorciers », a-t-il déclaré.
Il a ajouté qu’un autre problème rencontré par les tradipraticiens est que les médecins modernes ont une certaine méfiance envers eux. Certains de ces médecins ne reconnaissent pas leur compétence. « Si quelqu’un témoigne qu’il est guéri grâce à la médecine traditionnelle, ces médecins ont tendance à lui proposer de prendre également les médicaments modernes pour compléter. Ceci pour ne pas le blesser en lui disant que les substances qu’il a prises ne sont pas de vrais médicaments», déplore-t-il.

Une bonne collaboration s’avère nécessaire

Abbé Mvukiye a de ce fait interpellé le ministère de la Santé publique et de la lutte contre le sida, decréer, avec l’aide de l’OMS, un cadre d’échange entre les tradipraticiens et les médecins modernes. Grâce à ce dernier, chacun aura une occasion de montrer sa compétence et de la défendre. Dans ce cas, une bonne collaboration entre les deux médecines serait d’une importance capitale pour que la population ne reste pas confuse en pensant que telle médecine est meilleure que l’autre. Elle doit être plutôt sensibilisée que les deux médecines peuvent se compléter.
La population doit savoir qu’il y a des maladies qui guérissent bien par la médecine traditionnelle. Mais, elle doit savoir à quel saint se vouer. « Je rappelle cela parce qu’il y a des gens qui se déclarent tradipraticiens alors qu’en réalité ils ne le sont pas. C’est pour cette raison que la population doit être vigilante pour ne pas tomber dans la ruse des sorciers. Ce qui caractérise le métier de la médecine traditionnelle est déjà mentionné dans les lignes précédentes», a-t-il souligné.

Un secteur difficile à coordonner

Le chef du service de la promotion du secteur de la santé mentale et de la médecine traditionnelle au ministère de la Santé publique et de lutte contre le sida, Joselyne Miburo, a indiqué qu’il y a eu la mise en place d’un service de coordination du secteur de la médecine traditionnelle au niveau du ministère depuis 2003. «Le service a été fonctionnel à partir de 2005. C’est un secteur difficile à coordonner et pour contourner ce problème, on a dû inviter les tradi-praticiens à se regrouper dans des associations. Ces dernières nous facilitent la coordination», a-t-elle dit. Elle a précisé que jusqu’aujourd’hui il existe sept associations de tradipraticiens agréées par le ministère de l’Intérieur. Elle a souligné que ces tradi-praticiens regroupés en associations agréées peuvent demander la collaboration avec le ministère de la Santé publique et de lutte contre le sida. Elle a ajouté qu’il y a un projet de mettre ces associations en réseau pour conjuguer les efforts.

La mise en place des normes réglementaires va révolutionner le secteur

DSC08087Selon Mme Miburo, la promotion du secteur de la médecine traditionnelle est en cours pour lutter contre le charlatanisme notamment par la mise en place des normes réglementaires dans ce secteur. Elle a affirmé qu’actuellement, il y a, un problème de collaboration entre les pratiquants de la médecine moderne et ceux de la médecine traditionnelle. « Le ministère a mis en place une stratégie de développement du rôle de la médecine traditionnelle au Burundi. A l’intérieur de cette stratégie, il y a, entre autres volets, la collaboration entre les tradi-praticiens et les pratiquants de la médecine moderne. Suite à l’insuffisance des centres de recherche dans notre pays, le médicament traditionnel n’a pas pu évoluer au point que tout le monde pourrait avoir confiance en ces produits. Nous n’avons pas de laboratoire pour pouvoir tester ces médicaments afin de mesurer leur toxicité. C’est pour cette raison qu’il y a une certaine résistance mais, il y a de l’espoir que, petit à petit, nous pourrons résoudre ce problème. L’objectif est d’amener ces différents pratiquants à collaborer dans la prise en charge de notre population comme c’est le cas dans quelques pays», a indiqué le chef du service de la promotion de la santé mentale et de la médecine traditionnelle.
Joselyne Miburo a rappelé qu’avant l’arrivée de la médecine moderne, la population burundaise se faisait soigner. Et le ministère en charge de la santé publique a remarqué que, même actuellement, cette branche joue un rôle incontournable, d’où il a opté de continuer d’en faire la promotion. Il faut encadrer les tradipraticiens pour éviter les défis qu’ils peuvent causer à la santé.

Les tradipraticiens sont beaucoup consultés

Se basant sur les statistiques de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), notre interlocutrice a mentionné que 80% des Africains font recours à la médecine traditionnelle. « Au Burundi, la réalité est que les tradipraticiens sont beaucoup consultés même si on n’a pas encore fait une étude pour avoir des données fiables sur le pourcentage de la population qui fréquente les tradi-praticiens», a-t-elle souligné. Elle a appelé la population à fréquenter les structures de soin publiques car, il y a encore des gens qui prétendent être victimes de sorcellerie alors qu’ils n’ont pas consulté un médecin. La population burundaise est exposée au risque de consulter des charlatans. Mme Miburo a indiqué que l’autorité publique compte sur la vulgarisation des textes réglementaires de la médecine traditionnelle pour relever ce défi.
Mme Miburo a indiqué que le secteur de la médecine traditionnelle au Burundi a connu des défis. « Le premier défi que nous avons connu est de travailler sans aucun outil d’orientation mais, j’ai déjà mentionné que nous sommes en train de le relever. Un autre blocage est qu’ il y a des tradi-praticiens qui refusent de révéler leurs pratiques sous prétexte qu’on peut les copier. Ainsi, ils se jalousent entre eux et, en association, ils ont le problème de leadership», a-t-elle déploré.

Les services rendus justifient leur considération sociale

Hildegarde Mutungukwari, tradipraticienne membre de l’Atraprabu a expliqué que le rôle des tradipraticiens dans la société burundaise est justifié par le service qu’ils rendent à la population. « Nous soignons ceux qui viennent vers nous. Des enfants ou des adultes nous consultent et nous leur donnons des calmants, des traitements que nous leur conseillons de prendre selon la description qu’ils font de leurs douleurs», a-t-elle indiqué.
La tradipraticienne a souligné qu’elle reçoit les patients qui se confient à elle et que même lorsqu’ils n’ont pas de l’argent pour payer ses services, elle accepte de leur venir en aide. « En tant que mère, c’est ma fierté d’épauler une mère qui n’a pas de frais de consultation par exemple pour son enfant malade. Une personne soignée même gratuitement, si elle guérit, elle se souviendra de moi avec reconnaissance et me remerciera dès qu’elle le pourra», a expliqué notre interlocutrice.

Les pratiques des tradipraticiens ont évolué

Elle a fait savoir que la considération sociale des tradipraticiens au Burundi s’est améliorée depuis que le ministère de la Santé publique et de lutte contre le sida et l’OMS ont entrepris des activités pour les soutenir. Elle a expliqué que dans le cadre de ces activités, les tradi-praticiens ont reçu des formations par exemple pour se protéger contre le VIH-sida car, ils utilisent souvent des objets tranchant sans protection. Ce qui peut favoriser la propagation de la maladie.
Dans le cadre de la lutte contre le sida, Hildegarde Mutungukwari a souligné que les pratiques des tradi-praticiens ont évolué grâce aux enseignements du CNLS. (Conseil national de lutte contre le sida) « Nous utilisons désormais des gants pour nous protéger et après avoir écouté le patient, nous pouvons lui conseiller d’aller d’abord se faire examiner par un médecin pour déterminer si c’est une maladie que nous pouvons soigner car il existe des maladies pour lesquelles nous n’avons pas de traitement. Nous ne pouvons pas prétendre soigner le sida par exemple mais, nous pouvons donner des remèdes pour les maladies opportunistes de la peau.», a-t-elle souligné.
Selon elle, le fait que les spécialistes de la médecine moderne pensent à former les tradipraticiens montre que les relations entre les deux branches sont bonnes. Elle a ajouté que le nombre élevé de Burundais qui consultent les tradipraticiens renseigne sur l’estime que la population a pour eux. « Des fois, le patient qui vient vers nous a déjà consulté un médecin qui lui a fait faire des examens. Et après avoir reçu une ordonnance du médecin, il se rend compte que les médicaments prescrits sont très chers. Si c’est une maladie traitée dans la médecine traditionnelle, l’hépatite par exemple, nous pouvons le mettre sous traitement et lui demander de se faire réexaminer dès qu’il le termine pour prouver, des résultats à l’appui, que le traitement a été efficace», a-t-elle expliqué.
Hildegarde Mutungukwari a indiqué qu’il y a également des patients qui consultent directement les tradi-praticiens. C’est notamment le cas des diarrhées chez l’enfant. « Il existe aussi des cas, de malades qui se tournent vers nous car le traitement moderne n’a pas produit d’effet», a-t-elle dit. Elle a expliqué qu’un tradipraticien ne peut pas connaître toutes les maladies et tous les médicaments. Ainsi, des cas sont transférés chez des confrères ou dans d’autres cas, le patient est encouragé à consulter un médecin.

Des avancées malgré les défis

Selon notre interlocutrice, le fait qu’il y a des gens qui traitent les tradipraticiens de charlatans ou de féticheurs est justifié car, il y a des gens animés par le gain qui se font passer pour tradipraticiens. « Toutefois, il faut nuancer les choses. Les charlatans travaillent en cachette et ne veulent pas révéler les produits qu’ils utilisent. Nous, nous sommes fiers de notre métier et nous pratiquons dans la transparence. Ceux qui ont déjà bénéficié de nos services peuvent témoigner en notre faveur», a-t-elle dit. Elle a fait savoir que parfois, ils reçoivent des intimidations de la part des gens qui les traitent de charlatans, de sorciers, de menteurs, etc. «Dans ce cas, la situation est portée à la connaissance de l’autorité policière car nous avons l’autorisation du ministère de la Santé publique donc, nous jouissons de sa protection», a-t-elle dit.
Elle a indiqué qu’il y a aussi des personnes qui ne peuvent pas consulter un tradipraticien suite à leurs croyances morales. « Personne ne peut être admiré par tous et cela n’empêche pas que les tradipraticiens soient appréciés par une partie importante de la population. Aussi, quand nous avons rencontré des tradipraticiens venus du Canada, j’ai été très heureuse de constater que nous utilisons les mêmes plantes pour guérir les mêmes maladies. Ce qui montre que nous sommes sur la bonne voie», s’est-elle réjouie.

ROSE MPEKERIMANA
GRACE-DIVINE BAHIMBARE

Ouvrir