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DOSSIER> La filière sucre

Les spéculations s’observent malgré la baisse du prix

 

Malgré les récoltes significatives du sucre et la baisse du prix, des spéculations continuent à s’observer depuis plusieurs années. La responsabilité revient aux commerçants et à la plate-forme de suivi et du contrôle de distribution du sucre.

 

IMG-20150618-WA0009La filière sucre est gérée par la Société sucrière du Moso (Sosumo) sous régime d’économie mixte, selon le ministère de l’Agriculture et de l’élevage. Elle exploite en régie 3 028 hectares (ha) de plantations avec des variétés importées de l’Ile Maurice dont 1 582 ha dans les bas-fonds ; 331 ha dans les fonds inondables ; 743 ha dans les plateaux ou collines et 372 ha dans les piedmonts. L’irrigation par gravité, grâce à un barrage, n’est pratiquée que pendant la saison sèche sur environ 100 ha des piedmonts. Le rendement en champ est de 70 tonnes/ha de cannes fraîches tandis que celui à l’usinage est de 11,5%. L’unité d’usinage a une capacité de 22 000 tonnes/an du produit final. La production moyenne annuelle est de 20 000 tonnes/an avec un chiffre d’affaire de 25 milliards de francs burundais.

De réelles chances d’amélioration substantielle des résultats de la filière

Sur base d’une production estimée à 20000 tonnes dont 5 000 tonnes destinées à l’export, cette filière permet une économie de devises de l’ordre de 22,5 millions de dollars et une participation au Produit intérieur brut (PIB) de 3,0%. Les possibilités d’extension des superficies de cannes à sucre et des capacités d’usinage offre par ailleurs de réelles chances d’amélioration substantielle des résultats de la filière.

Un manque de sucre répétitif sur le marché

Malgré les récoltes satisfaisantes de la Sosumo, le Burundi connaît, depuis plusieurs années, une problématique qui résulte du manque de sucre répétitif sur le marché et/ou de la hausse du prix par les détaillants et/ou les grossistes.
La ministre d’alors du Commerce, de l’industrie, des postes et du Tourisme de l’époque, Rose Nizigiyimana a signé, au mois de janvier 2015, une ordonnance ministérielle portant révision à la baisse du prix du sucre dont le coût d’un kg de sucre passait de 1 850 francs burundais à 1 650, donc une réduction de 200 francs. Cette mesure n’a pratiquement pas été suivie dans différents coins de l’intérieur du pays et dans les quartiers de la mairie de Bujumbura, la capitale burundaise.
La Sosumo a produit, en 2014, 23 149 tonnes de sucre à Gihofi, selon le directeur commercial de la Sosumo, Jean-Claude Cibogoye. Mais, le prix au kilo est en hausse malgré cette récolte significative.
Dans différentes communes de l’intérieur du pays, le prix du sucre par kg varie entre 2 200 et 2 500 FBu. Dans la commune Gitega en province de Gitega, dans la plupart des boutiques, le sucre coûte 2 500 francs le kilo. Dans la commune Ngozi en province de Ngozi, le kilo coûte 2 200 francs.

A Bujumbura, les prix varient selon les quartiers

Dans la municipalité de Bujumbura, dans différentes boutiques des quartiers de la commune Gihosha, le prix du sucre par kilo varie entre 2 300 et 2 500. Certains détaillants de Musaga le vendent à 2 400 francs, d’autres à 2 400 francs le kilo. A Kibenga, le kilo est vendu à 2 500 francs. Au quartier Rohero, certains marchands vendent le sucre à 2 500 francs tandis que d’autres le vendent à 1 900 francs à condition que le client achète un autre article. Pourtant, l’Etat l’a fixé à 1 650 FBu.

Une spéculation exagérée

Certains grossistes du marché de Buyenzi City market communément appelé « Kwa Siyoni », qui ont voulu garder l’anonymat, affirment que la marge brute de bénéfice n’est pas considérable. La Sosumo livre un sac de 50 kg à 77 895 FBu et le grossiste devrait le vendre à 79 787 Fbu, d’après Jean Claude Cibogoye. Les grossistes approchés ont révélé que certains vendent un sac de sucre à 100 000 FBu, d’autres à 110 000. Ils expliquent que c’est pour compenser les frais pour le transport, la main-d’œuvre et le loyer de leurs magasins.


L’administration locale se dit dépassée

Au niveau des quartiers dans la municipalité de Bujumbura, l’administration locale est dépassée. L’administrateur de la commune urbaine de Kamenge, Damien Baseka, indique que l’administration essaie de juguler cette fraude du sucre, mais sans succès. « Certains grossistes de Kamenge ont effectué des commandes du sucre il y a deux semaines mais ils n’ont pas encore eu de réponse sous prétexte qu’il n’y a pas de sucre dans le stock de la Sosumo à Bujumbura. », a-t-il poursuivi. Et de souligner que dans ces conditions, les commerçants font sans doute des spéculations. Cependant, l’adjoint du responsable de l’entrepôt du sucre à Bujumbura, Christine Ndabazi, a révélé qu’il y a du sucre et qu’il est distribué aux commerçants.

La population juge anormal que le prix fixé par l’Etat ne soit pas respecté

Anicet Girukwishaka, habitant du quartier Gasenyi, explique que les commerçants s'associent pour spéculer afin de gagner beaucoup dans un court terme. Il juge anormal que le prix fixé par le gouvernement ne soit pas respecté par tous les commerçants. « Une telle spéculation se fasse au vu de la police et de l’administration et il n’y a même pas de sanctions », s’étonne Gaspard Nicayenzi, habitant de la commune urbaine de Buyenzi.
Jean-Claude Cibogoye indique que la responsabilité des spéculations revient à la plate-forme de suivi et du contrôle de distribution du sucre. Les gouverneurs, les administrateurs et les chefs de colline qui envoient les listes des grossistes de leur localité doivent travailler ensemble pour contrôler et sanctionner les commerçants qui s’adonnent à la fraude. « La Sosumo, en ce qui la concerne, raye de la liste les commerçants surpris en train de pratiquer la fraude », précise M. Cibogoye. La collaboration de tous les intervenants est nécessaire dans la gestion du sucre, mentionne-t-il.
Le lancement de la campagne de sucre 2014-2015 est prévu le mardi 23 juin 2015. Une conférence de presse sera animée à l’endroit des médias et sera l’occasion de faire le point sur la situation de la filière, a annoncé Jean Claude Cibogoye.
Propos recueillies par Eric Mbazumutima

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